Le Myosotis Occitan

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Tribune au service de la Franc Maçonnerie


Liberté, soumission, F.M.,

Publié le 12 Octobre 2014, 10:56am

Liberté, soumission, F.M.,

Le croyant est-il obligé de multiplier les marques de soumission et les incantations à une divinité pour exprimer sa foi ?

Le chien fidèle qui jappe de joie en apportant à son maître la laisse pour une promenade, entre de longues périodes de sommeil, est-il libre ? Non, mais sa condition est, selon les hommes, d’avoir un maître. Est-il heureux ? Il le semble

Des hommes qui transfèrent les questions existentielles à une croyance qui prendrait tout en charge « clé en main » peuvent-ils se prétendre libres, simplement parce qu'ils pensent avoir choisi librement le fournisseur ?

Sont-ils heureux ? Possible.Tout dépend de leur curiosité et de leur exigence vis à vis d’eux-mêmes : celle du chien fidèle qui s’en remet totalement à son maître ? ou bien celle de l’homme doté des moyens nécessaires à sa liberté et qui l’abdique pour ne pas se compliquer la vie ? ou celle de l’homme qui se prend en mains, qui accepte sa liberté et qui en assume les obligations et les responsabilités ?

Quelle est l’exigence de ceux qui se complaisent à soumettre la condition humaine à un Principe initial que nous cherchons à identifier, à comprendre, dont le silence assourdissant laisse le champ libre à des interprètes autoproclamés ? Un Principe auquel ceux-là prêtent ainsi les mêmes attentes que nos pouvoirs temporels, jusqu’à lui offrir la même soumission que ces pouvoirs attendent de nous, jusqu’à même prétendre parler en son nom

 

Charles To… (AGM, MREAA, GLAMF), dans une allocution prononcée lors du convent de la MREAA à Lyon en Juin dernier, est sur ce point exemplaire. Il aborde entre autres des questions que nous posions depuis plusieurs mois avec insistance au GM de la GL-AMF Alain Juillet. Des questions relatives aux promesses de l’Alliance Maçonnique Française, notamment quant à l’équilibre des pouvoirs et à la souveraineté des LL, après que le GM eut réuni tous les pouvoirs entre ses mains, après qu’il eut invité une loge qui s’en inquiétait à s’aligner sur son mode de fonctionnement ou à aller se faire voire ailleurs ; après aussi qu’un Règlement général, modifié et adopté en circuit court, eut légitimé des dispositions qui trahissent l’esprit des statuts.

A l’occasion de sa prise de parole, Charles To… n'apporte pas de réponse sur les atteintes à la souveraineté et à la liberté, mais il nous propose de ne pas prêter à ces mots Souveraineté, Liberté, leur sens commun auxquels nous nous étions naïvement arrêtés (cf. Transmission n° 6, Directeur de Publication : Alain Juillet, Rédacteur en chef : Charles To...).

C’est simple : nous n’avions rien compris. Et Charles To… de nous expliquer :

Nous n’avions pas compris que la Souveraineté promise aux LL doit être considérée dans un cadre défini par la patente (délivrée par la Maison du REAA), et la charte (délivrée par la GL-AMF). La souveraineté dont il était question n’a rien à voir avec le sens profane du mot. La loge est souveraine, certes … mais la souveraineté ne signifie pas que « les LL puissent se gouverner comme elles l’entendent » (sic).

Nous n’avions pas compris non plus que la liberté largement invoquée par les FFMM n’a rien à voir avec le sens profane de ce mot, en particulier avec un « libre arbitre de philosophes existentialistes » (sic) ; et sans doute n’avions-nous pas compris encore que l’équilibre des pouvoirs c’est quelque chose comme le choix entre les pouvoirs, parce que seule la soumission volontaire conduit à la Liberté.

Et le Devoir, sur lequel l’orateur s'appesantit, n’a pas, lui non plus, le sens que les profanes lui attachent : le FM, lui, va au-delà et se réalise dans le sacré, l’abnégation, et la soumission. Là est son devoir, dont l’accomplissement le conduira à la Liberté. Ce que, bien sûr, nous n’avions pas compris. 

Peut-être n'avions-nous pas compris tout cela parce que cette conception est celle qui était professée jusqu’à XVIIIème siècle par les pouvoirs temporels et spirituels pour tenir les populations crédules, avant que les Lumières ne les émancipent

Dans un « looping » dialectique, Charles To…, nous décrit l’absolu du Devoir, et la relativité de la souveraineté et de la liberté, lesquelles ne se trouvent que dans l’obéissance et la soumission ... au Devoir.

C’est cela que nous n’avions pas compris, nous explique « le prophète » : la condition humaine est d’avoir un maître et de l’adorer.

C'est ainsi que la F.M. dite spiritualiste, qui s’inscrivait dans l’évolution de la matière vers l’esprit, formidablement symbolisée à des stades antérieurs de notre évolution par la biblique tour de Babel puis par les cathédrales, se réduit aujourd’hui à la soumission du chien à son maître, sacralisée par sa transposition à la relation de l’homme à Dieu, mais conservant les mêmes exigences d’adoration et de soumission.

 

En fait, avec un curseur bloqué depuis trois siècles, cette « spiritualité » relève aujourd’hui d’une banale superstition anthromorphiste et idolâtre.

Pourquoi ne pas s’interroger sur les éventuelles manipulations ou l'aveuglement de ceux qui promettent une Liberté qui passerait d'abord par la soumission et tous les renoncements ? Et sur la responsabilité de « prophètes » qui redéfinissent les promesses pour ne pas admettre leur trahison ?

Qui a dit « Quand les mots n’auront plus de sens, nous auront gagné » ?

 

Si vous pensez que j’exagère, reportez-vous à l’allocution de l’AGM de la MREAA « La Souveraineté à l’aune du Devoir et de la Liberté » (cf. Transmission n° 6). Vous y observerez que l'auteur alterne des interprétations ésotériques hasardeuses en faveur de la soumission et du renoncement avec des poncifs philosophiques rassurants, dans une suite de contorsions dialectiques où l'on trouve tout et son contraire :

Extraits :

« nous travaillons dans des LL « dites » souveraines » (col. 1, § 3)

« nous nous sommes interrogés sur ce que signifiait exactement la souveraineté des LL proclamée par nos statuts » (col. 1, §3). NdlR : Ce questionnement, émanant de l’un des dirigeants de la GL-AMF qui ont élaboré les statuts, ou qui les ont adoptés, est préoccupant. L’auteur en parle ici comme d’un texte biblique qu’il décrypterait.

« La Souveraineté des LL proclamée par nos statuts n’a ici en aucun cas le sens que lui attribue le monde profane ». NdlR : Les statuts relèvent de la société civile et de la loi de la République. Personne ne peut invoquer une interprétation ésotérique de ce texte.

« la signification de souveraineté est à rechercher dans un sens initiatique » (col. 5, § 4)

« la souveraineté ne signifie donc pas que les LL sont libres de gouverner comme elles l’entendent » (col. 5, § 5)

« La charte et la patente, sur un même document ( ?), déterminent le cadre général dans lequel les LL exercent leur souveraineté » (col. 6, § 2)

« Nous avons déclaré croire en D et nous soumettre à sa volonté » (col. 2, § 4). NdlR : Et qui est à la fois l'interprète et le porte parole de cette volonté ?

« Le Devoir …/… scelle …/… un engagement à caractère sacré qui fait intervenir un principe supérieur dont il est inséparable : ce principe c’est Dieu » (col. 2, § 4). NdlR : La Foi c’est croire sans preuve, à la confiance. Elle exprime le choix et le doute assumés ensemble, bien rendus par le terme « je crois » qui est commun à ces deux sentiments. La démarche qui consiste à sacraliser la foi, pour s’interdire de la remettre en question, est le début de la certitude qui conduit à l’intégrisme ceux qui ne supportent pas le doute.

« Mais qu’est-ce que la Liberté ? Comme pour le Devoir, nous devons nous garder du sens profane de cette notion » (col. 2, § 8)

« aucune contrainte ne saurait être imposée à l’homme qui, obéissant à l’étincelle divine dont il est dépositaire, s’obéit finalement à lui-même » (coL 4, § 10)

« Or quel doit être le Devoir du FM si ce n’est pas de construire un tout harmonieux à la gloire du GADLU » (col. 4, § 5). NdlR : Quelle que soit la noblesse du « Principe », et quel que soit le nom que l’on lui donne, cet appel à travailler « à sa gloire », relève d’une flagornerie infantile et idolâtre.

« Il ne faut pas confondre la Liberté et le libre arbitre des philosophes existentialistes. Parce que la liberté de l’homme ne peut être absolue, sinon il serait Dieu » (col. 3, § 3). NdlR : Le libre arbitre n’exonère pas des responsabilités attachées à la liberté et n’a jamais prétendu à la « liberté absolue ».

 

Dans le même texte, Charles To… nous livre aussi quelques affirmations rassurantes, qui n’ont pas tellement de sens tant leur contradiction avec les dithyrambes qui précèdent est flagrante :

« La démarche proposée est avant tout celle d’un questionnement, d’une remise en cause permanente ; pour guider nos pas, nous devons nous interroger sur ce qu’est le Bien » (col. 4, § 8)

« nous sommes libres parce que nous rejetons toute forme de dogmatisme » (col. 3, § 5)

 

Quelle conclusion en tirer ?

Nous avions craint une dérive précoce de notre jeune institution. Nous la pensions détournée dans des manœuvres d’appareil par quelques FF qui ont quitté tardivement la GLNF pour venir encadrer et récupérer notre migration …

C’est à la fois cela, et pire encore :

Devant la nécessité de faire face à la trahison des promesses d’Alain Juillet, auxquelles nous nous étions ralliés, l’AGM de la Maison du REAA, s’exprimant ès qualité, nous sert des interprétations tirées par les cheveux pour nier ces promesses en semblant les assumer.

Et, plus grave encore, derrière ces contorsions se dessine l’idéologie mystique et sectaire qui est relayée au sein de la GL-AMF par quelques chevaux de retour de la GLNF militaro-religieuse que nous avons combattue.

Regardons et écoutons autour de nous. Questionnons. Ils sont facilement reconnaissables.  A l'instar de l'AGM de la Maison du REAA qui développe 3 à 400 lignes de propos sur nos valeurs, notre Devoir, la Liberté dans l'obéissance, la Souveraineté limitée, sans citer une fois le mots Fraternité. Cessons de prendre au sérieux ces Illuminatis qui croient manipuler Dieu avec leurs flagorneries et leurs suppliques avilissantes, comme s'il pouvait y être sensible comme eux ; qui imposent leurs hypothèses comme des certitudes tout en se prétendant « cherchants » et libres; et qui vont finir par nous dégoûter même de la foi que l’on partage avec eux.

La F.M. n’a-t-elle pas d’autres ambitions pour le siècle ?

Pierre Lanjuin

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