Le Myosotis Occitan

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Tribune au service de la Franc Maçonnerie


Un certain regard sur la F.M. - Chap. 3 " On ouvre sur le monde "

Publié le 8 Mars 2017, 08:32am

Un certain regard sur la F.M. - Chap. 3   " On ouvre sur le monde "

 

La Renaissance marque la fin du Moyen-âge. Le monde s’est transformé, des innovations ont permis de pallier le manque de bras : le cheval de trait multiplie les surfaces cultivables, les moulins transforment les céréales, et l’on fait face aux besoins alimentaires. L’imprimerie (1454) va révolutionner la transmission de la connaissance et de l’information. La Réforme lui doit beaucoup - c’est grâce à GUTENBERG que les « 95 thèses » de Martin LUTHER auraient été diffusées à plus de 300.000 exemplaires ( ?). Après le précurseur vénitien Marco Polo au XIIIème siècle, de grandes expéditions sont lancées aux XVème et XVIème siècles depuis la péninsule ibérique (Amerigo Vespucci, Christophe Colomb, Vasco de Gama, Magellan), mais aussi de France (Jacques Cartier).

 

Le royaume de France se structure et s’homogénéise sous Louis XI (1423-1461-1483). De nouvelles concentrations urbaines, propices au commerce et à l’artisanat, apparaissent. La bourgeoisie, qui se développe, constitue une nouvelle classe sociale qui dispose de capacités financières élevées parfois supérieures à celles des princes et des évêques qui ne peuvent l’ignorer. Des villes « franches » se libèrent de leur tutelle et prennent en mains leurs intérêts (notamment, le montage et l’organisation de « fabriques cathédrales »- conseils de décideurs dédiés au financement et à l’administration de la construction des cathédrales).

 

Mais ce n’est pas la paix pour autant : à la « guerre de cent ans », d’autres guerres ont succédé en Europe, des guerres de conquête conduites par des nations et des alliances qui tentent de se caler sur des frontières naturelles ou d’annexer des voisins vulnérables (Italie, Angleterre, Saint Empire Romain Germanique), et la guerre des religions consécutive à la Réforme. L’Allemagne, l’Angleterre (qui résiste à la Réforme luthérienne avant d’imposer l’Eglise anglicane), la France, l’Ecosse, et l’Irlande, sont en même temps les sièges de confrontations des communautés religieuses qui se poursuivront jusqu’à la fin du XVIème siècle.

L’Europe est chrétienne et les camps en présence invoquent presque tous la caution du même Dieu, mais ils s’affrontent férocement sur la projection de sa volonté. Un Dieu que les Catholiques romains honorent dans de nombreuses représentations que les Chrétiens réformés considèrent idolâtres, en même temps qu’ils critiquent la papauté ostentatoire et corrompue. Quoiqu’il en soit, les actions de grâce sont moins à l’ordre du jour, et les lancements d’édifices votifs se font plus rares.

 

Lorsqu’elles ne sont plus mobilisées sur un chantier, les loges se réunissent au seul titre de la fraternité qui les lie, dans des auberges dont elles prendront parfois en toute simplicité l’enseigne pour titre. Et l’on y parle des techniques du métier, et l’on y échange des informations sur les chantiers en cours ou à venir, et aussi des avis sur l’influence de l’époque sur l’activité.

L’harmonie règne dans ces loges où prévaut la Fraternité née des épreuves endurées ensemble et de la fierté des réalisations communes, que les francs-maçons se sont mieux appropriées depuis la disparition de leur encadrement ecclésiastique et leur prise de responsabilités dans la conduite des travaux.

C’est aux clercs « acceptés » et à l’ouverture par eux aux arts libéraux que les francs-maçons doivent d’avoir pris conscience que le travail ennoblit quand il est la mise en œuvre d’un talent, et plus encore lorsque l’on peut l’inscrire dans un objectif commun qui dépasse ceux qui y concourent. Alors le travail libère l’homme, conscient d’être un membre actif du monde qui l’entoure, et concerné par le rôle qu’il peut y jouer. Ainsi est-ce grâce à ces clercs acceptés dans leurs loges que les francs-maçons découvrent qu’il n’est pas interdit d’imaginer un monde différent des représentations et de la mythologie religieuses commune dont ils se nourrissaient exclusivement.

C’est à cette époque, avec la raréfaction progressive des chantiers, que l’objet de ces réunions s’enrichit de sujets philosophiques et sans doute sociaux et politiques, et que dans les loges disséminées dans les pays belligérants, se dessine le refus et l’incompréhension des désordres et des violences des sociétés qui les entourent.

Et, avec pour symboles leurs outils et la pierre, cette matière dont ils savent combien le travail peut la perfectionner, l’art mystique des tailleurs de pierres va s’ouvrir sur le siècle.

Si leurs peintures et fresques médiévales, destinées aux populations illettrées et superstitieuses, étaient très figuratives, l’enseignement maçonnique, qui s’adresse à une population informée et attentive sera plus symbolique. Partant des outils et du travail, qui peuvent ensemble transformer la pierre brute en chef-œuvre, cet enseignement propose une transposition symbolique, du matériau passif sous l’outil du tailleur de pierres à l’être humain en transformation qui va participer au travail dont il est l’objet. La rectitude de l’équerre sans laquelle il n’était pas de construction durable, et l’ouverture du compas qui permet de définir un cercle plus ou moins grand, mais par définition œcuménique, sont érigées en références de comportement.

La xénophobie, la peur et la haine, entretenues par les princes pour lever des moyens et jeter leurs populations les unes contre les autres, l’intérêt recherché par les mercenaires, ou l’objectif politique, n’ont plus de prises sur ces hommes libres qui respectent leur prochain, et qui observent maintenant sans complaisance le déchaînement des passions aveugles.

C’est en ces périodes de grande violence, que se dessinera dans les loges maçonniques une alternative humaniste universelle, basée sur des valeurs restées jusque là théoriques, la Fraternité, la Tolérance, la Liberté, avec la conscience des Devoirs respectifs comme des Droits, toutes ces valeurs qui seront reprises et poursuivies par la Franc-maçonnerie qui sera dite spéculative. Tout un programme.

En attendant, le siècle des Lumières, qui s'annonce avec la pensée rationnelle et critique, bouscule déjà les croyances et désarme les fanatismes religieux. La surenchère expiatoire monumentale s’est calmée.

Il est intéressant de noter que cette transposition imaginative et audacieuse, cette « transmutation », cette spiritualisation de la matière, s’est manifestée et qu’elle prospère du sein d’une confrérie qui, inversement et depuis plusieurs siècles, se consacrait à la « matérialisation » de la Foi.

Antoine Collange

a suivre ...

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