Le Myosotis Occitan

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Tribune au service de la Franc Maçonnerie


Spiritualité et spiritualisme, le malentendu

Publié le 30 Septembre 2015, 14:39pm

 

Le spiritualisme sera un jour à la spiritualité ce que l'Islamisme est aujourd'hui à l'Islam.

La spiritualité chez l’homme est indissociable de la conscience qu’il a de son Etre. Dès que, encore quadrupède, il s’est relevé pour voir plus loin, les questions qu’il se poserait bientôt étaient potentiellement présentes. Condamné à croire, puisqu’il ignorait tout, c’est avec cette seule arme, l'hypothèse, qu'il transformera en Foi sacrée, que l’homme s'est attaché à la recherche de ses origines. Entamant alors ce parcours initiatique qui constitue peut-être sa raison d'être : comprendre les lois qui régissent son univers, identifier l’esprit qui les a conçues et mises en œuvre, et quelle y est sa place. Toutes questions existentielles résumées dans le célèbre poncif : Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-Nous ?

"Inséminé" au cœur d’un environnement nourricier mais dangereux, qu'il découvre, l’Homme est, lors de son apparition, proie autant que chasseur. Mais il est grégaire et il répond à la peur en se regroupant. L’union fait la force, et la grégarité booste l'intelligence. Elle permet des échanges et, dès que l’urgence s’éloigne, les hommes tentent entre eux d’expliquer ce monde qui les entoure, et qu’ils souhaitent se concilier. Et c’est la spiritualité, un privilège humain, qui les portera à diviniser, pour les apprivoiser, les prédateurs et les éléments qu’ils admirent ou qu’ils redoutent. C'est elle qui les conduira à imaginer ensuite un Dieu commun à tous les êtres et aux éléments, et auteur tout puissant d’un grand dessein auquel leur intérêt, plus tard érigé en devoir, était de se conformer.

La spiritualité est la quête de ce dénominateur commun, en amont de tout, dont la recherche nous emmène toujours plus loin, attirés par un horizon inaccessible qui invite à imaginer les mystères qu'il cache. Elle est souvent associée aux religions, mais il s’agit là de prêt-à-penser collectifs, qui se sont appropriées le terme mais n'en ont surtout pas le monopole. La spiritualité est intime, et le cherchant n’emprunte pas l’autoroute.

 

Au XXIème siècle, la Spiritualité est toujours et encore associée à des croyances religieuses qui prolongent des traditions anciennes, mais aussi aux réflexions métaphysiques de cherchants disséminés qui, libres de toute adhérence religieuse dogmatique, ont en commun la même ambition d'inscrire l'humanité dans l’ensemble cosmique et de relier la création à un créateur.

Son règne était annoncé : « le XXIème siècle sera spirituel, ou il ne sera pas » aurait dit André Malraux (*). Sans doute, s'il a réellement prononcé ces mots, pensait-il à la nécessité et à la chance, après les guerres mondiales qui ont ensanglanté le XXème siècle, d’élever les esprits et de réconcilier les hommes par la compréhension de l'Esprit qui anime leurs cultures respectives. Hélas, si le "spirituel" (entendre ici l'immatériel) s’est en effet manifesté concomitamment au matérialisme débridé, c’est par les exactions qui sont aujourd’hui commises en son nom, légitimées par des textes hétéroclites, triés et interprétés, et arbitrairement qualifiés de sacrés. Malraux n’avait pas prévu la montée en puissance de cette face noire de la spiritualité, instrumentalisée et intégrée à des thèses extrémistes qui se réclament du spirituel et du sacré, mais qui s’imposent par la violence, faute de convaincre par leur sagesse.

Y aurait-il alors une bonne et une mauvaise Spiritualité ? Sans doute pas. Mais il y a bien deux façons de la comprendre et de la vivre. L'une est personnelle, intime, évolutive par l’intégration des progrès de l’individu ; l'autre, collective et de ce fait plus inerte, s'impose par le nombre et dure par le sectarisme, l'exclusion, et parfois la violence. Nous avons le choix d'opter pour une approche ouverte, vivante, inspirée par l'humanisme de la Renaissance et les Lumières, ou pour une approche dogmatique mortifère héritée des religions du livre.

Sans heureusement adopter toujours des positions extrêmes, les religions sollicitent et exploitent la foi en un dieu qui aurait voulu et créé le monde. Elles nous livrent ses révélations, qu’elles ont reçues et interprêtées pour nous, et proposent de nous conduire à lui, campées sur leur postulat intangible que l’entité divine à elles révélée, serait à l’origine de la création. Ces postulats religieux sont restés en route : donnés pour être de source divine, ils ne supportent ni contestation ni évolution aux yeux de leurs prosélites, et c’est ainsi qu’ils conduisent à la pétrification des idées, à la confrontation et à la violence entre les tenants des diverses révélations.

A contrario, la métaphysique et les réflexions philosophiques nées de la pensée, de l’observation du monde, de son évolution, de ses équilibres, et des comportements humains, et avec elles certaines démarches organisées mais respectueuses de l’individu, relèvent, elles, de la recherche libre (ou presque). Et la spiritualité de leur démarche ne saurait être mise en doute au seul prétexte qu’elles ne s’embarrassent pas d’un a priori divin, dès lors qu’elles ne le nient pas.

Parmi ces dernières, une tradition de métiers inspirée et motivée par l’exaltation de la Foi, occupe une place particulière. La F.M. spéculative, c'est d'elle qu'il s'agit, est héritière de l’enseignement retiré de contraintes maîtrisées de la matière, transcendé par le temps et la maturation de la pensée humaine. Sensible à l’humanisme de la Renaissance et aux Lumières qu’elle libéra, elle a tenté d’exonérer la foi, qui l’anime toujours, de l’idolâtrie mythologique, sans renier avoir été un moment l’un de ses vecteurs.

Se gardant des hypothèses véhiculées par les religions, dont les recherches orientées se limitaient à conforter les dogmes, elle proposa une méthode de recherche et de transmission qui privilégie l’accouchement de la pensée, sans préjuger ni craindre les nouvelles questions que celle-ci pourrait générer. Seule la forme des échanges étant ici encadrée et sacralisée pour contenir les passions et protéger les hommes d’eux-mêmes. C'était là un outil d'éveil, libérateur et porteur d’évolution, mais l’on ne se débarrasse pas aussi facilement de vieilles structures et, comme toute évolution, la F.M. spéculative allait se heurter à des oppositions conservatrices.

 

Le déclin de la F.M. opérative, aux XVIIème et XVIIIème siècles, alors que les grands chantiers s'étaient fait rares, avait entraîné la disparition de beaucoup de loges, ou leur transformation en clubs qui se consacraient à des activités variées (pas toujours morales et « de bonnes mœurs »). Nombre d’entre elles néanmoins, sensibles à l’influence des Lumières qui entrait dans les loges par les FF "acceptés", étaient le lieu fertile d’échanges entre des hommes qui ne se seraient jamais rencontrés, et l’occasion pour eux de réflexions philosophiques, sociétales et politiques qui attiraient les classes moyennes.

En Angleterre, les pouvoirs politiques et religieux souhaitèrent alors contrôler cette mouvance émancipatrice qui présentait un risque de subversion et un danger potentiel pour la monarchie et l’Eglise. Il est utile de rappeler l'extrême vigilance de l'Angleterre qui, dès 1557, avait inventé avant l'heure le copyright en attribuant à la Stationer's company (alors English stock) le monopole de l'imprimerie, pour permettre aux autorités de choisir la culture et le savoir du peuple. C'est dans cette même logique que, face à la mouvance maçonnique dispersée et incontrôlable, fut créée en 1717, à l’initiative de dignitaires religieux et d’aristocrates qui rejoignirent alors en nombre la F.M., une première Grande Loge "de Londres et Westminster". Rassemblant les LL éparses, elle en permit le contrôle.

La suite vit l’adoption progressive de règles qui protégeaient les pouvoirs politique et religieux de toutes intrusions dans leur domaine réservé. Jusqu'à l'instauration d'un système bilatéral de reconnaissance exclusive, érigé par lui-même en AOC maçonnique administrée par Londres. Cette nouvelle institution, structurée et bénéficiant de la bienveillance des pouvoirs qu’elle protégeait des excès de ses membres, s’imposa face à la F.M. libre, mais dispersée, qu'elle prétendit rassembler, se permettant ainsi d'annexer l’identité maçonnique même. Les FFMM acceptés se fondèrent de plus ou moins bonne grâce dans la nouvelle institution, laquelle ne cessait pas de se réclamer de la filiation des opératifs dont les derniers, retournés au compagnonnage, se raréfièrent jusqu’au début de l’ère industrielle.

Le succès de cette OPA se propagea au-delà des frontières anglaises dans les bagages des armées des empires britannique puis français. Ainsi, la F.M. fut-elle détournée de la pensée libre un moment entrevue. Ainsi, l’utopie maçonnique, dont l’ambition promettait de modifier la relation de l’homme à son prochain et à son univers, fut-elle mise sous l’éteignoir.

 

Trois siècles ont passé. Evitant toujours soigneusement de s’exprimer sur l’ordre du monde, la F.M. spéculative "conventionnée", se dit « régulière », se déclare « spiritualiste », et s’en tient aux basic principles de Londres. Un positionnement qui serait défendable s’il s’inscrivait réellement dans un processus d’évolution de l’Homme vers un Esprit qui l’aurait conçu. Mais tel n’est pas le cas, puisque cette démarche maçonnique "régulière", qui se veut aussi « de tradition » n’a pas réussi à évoluer, faute de volonté pour s’extraire de la pensée féodale, ni à transcender l’enseignement des traditions pour retrouver dans leur amont l’Esprit qui les avait inspirées. Aujourd’hui cette démarche, qui n’a plus de relation avec la spiritualité, évoque plutôt une forme d’obstination créationniste. Elle taxe d’irrégularité la F.M. libre, qui s’est extraite des anciens carcans idéologiques, déclarant irrégulière son ouverture sur les choses du siècle et de la cité. Mais cette posture arbitraire cache de plus en plus difficilement une autre finalité qui est de fuir le présent, et d’en tenir éloigné les FFMM, de les "désarmer", pour la plus grande tranquillité des pouvoirs.

 

N’apparaît-il pas clairement que la place de la F.M. spéculative est dans le siècle ? Comment en effet prétendre travailler à l’amélioration de l’humanité par le perfectionnement individuel si les individus et l’institution qui les réunit s’interdisent d’évoquer ensemble le réel ?

Le siècle est global, holistique (NB : dont les diverses parties ne peuvent se comprendre que par le tout qui leur donne leur signification). La Spiritualité qui imprègne nos questionnements existentiels ne saurait donc exclure aucun sujet même profane ou passionnel, qu’elle se fera au contraire un devoir d’aborder et si possible de maîtriser, dès lors que lesdits sujets participent de l’organisation de la société des hommes.

Les sujets politiques et les faits religieux ne constituent qu’une partie de notre univers que rien ne nous autorise à privilégier, mais que rien n’autorise quiconque à écarter, sauf à refuser le vivant, le réel, le siècle, le présent.

Toute action, toute réaction, qui maîtrise un réflexe pour mieux s'inscrire dans une réflexion à plus long terme, est politique. Et les FFMM sont des hommes dans la cité, pas des "moines séculiers". Si aucun intérêt ni calcul personnels ne vient aliéner leur liberté et altérer leur jugement, ils sont en mesure d’aborder tous les sujets, sans a priori ni violence. La spiritualité dont ils se réclament sera mieux investie dans leur aptitude à contrôler et transcender les passions que l’on craint de soulever, plutôt qu’à faire semblant de les ignorer.

 

Dans son refus du siècle, l’attitude de la F.M. régulière et reconnue évoque irrésistiblement la réplique de Tartuffe, devenue le symbole de l’hypocrisie « couvrez ce sein que je ne saurais voir ». Ainsi enfermée dans un credo contradictoire au terme duquel elle prétend améliorer la société des hommes sans se salir les mains, la F.M. « régulière », et/ou « spiritualiste », et/ou « de tradition », tourne en rond dans son espace clos en ressassant comme des mantras les mots Fraternité, Amour, Liberté, Tolérance. Certes, elle laisse à ses membres la liberté et le soin d’agir à titre individuel sur la vie de la cité, mais combien le font ?

Pour quelques FF qui s’engagent sur la place publique, avec le talent qu'ils ont affiné dans les LL mais au service d'objectifs personnels qu'ils s'étaient fixés antérieurement, combien qui viennent simplement se mettre à l'abri du temps dans leurs loges auprès de quelques amis ? Combien qui croient ainsi remplir leur engagement maçonnique, et qui consacrent leur démarche au façonnage et à la maîtrise d'un outil, d'un levier, de vertus, dont ils ne se servent jamais sauf pour en faire assault entre eux ? En panne au milieu de son histoire, la F.M. est passée à côté des grands chantiers qui l'attendaient.

 

Et c'est comme cela que la montagne accoucha d’une souris. Rangée derrière la Grande Loge Unie d’Angleterre, qui porte la lourde responsabilité de cette sortie de l’histoire, la F.M. "dite régulière" s’est engagée dans une démarche réduite à une liturgie introvertie "dite spiritualiste". Une double imposture qui a stérilisé l’inspiration maçonnique, la privant de toutes ses chances de relever les défis du présent et de l’avenir, et l’empêchant de concourir à l’émergence d’un nouveau paradigme dans la relation des hommes à leur prochain et à leur univers.

 

La spiritualité, portée par le besoin de savoir, par les hypothèses et par la foi qui grignotent l’ignorance, nous a d’abord conduit à regrouper l’inconnu, le passé, le futur, dans le concept fourre-tout de Dieu. Un Dieu miséricordieux ou vengeur, ombrageux ou paternaliste, un Dieu, bon ou grand, suffisamment attentif au sort des hommes pour les sanctionner ou les récompenser individuellement et leur révéler ses intentions via des prophètes. Mais ces révélations répondaient si bien au besoin de croire et à l’attente naïve des hommes avides de reconnaissance que l’on peut raisonnablement penser qu’elles sont venues de leur seule imagination. Si l’on cherche Dieu, il faut chercher plus loin, bien plus loin, et pour une telle recherche, la démarche spiritualiste limitée par ses restrictions mentales, ses dogmes, ses interdits religieux ou sexistes, est aujourd’hui archaïque. Elle n'est même plus un outil obsolète, elle constitue un réel handicap.

Le spiritualisme est une perversion d'une spiritualité devenue sa propre finalité. En cela il se relève idolâtrie.

 

Pour accablant que soit ce constat, il n’y a pas lieu de se détourner de la démarche maçonnique dans son ensemble au prétexte qu’une mauvaise application en est faite. Contenue, mais pas morte, la F.M. spéculative peut encore se libérer du spiritualisme qui la paralyse pour s’ouvrir à la Spiritualité universelle, exonérée de croyances anciennes et des tabous récents édictés en leur nom. Nous pouvons encore la rendre au présent, au vivant, au réel, c’est-à-dire à l'objet initial dont elle s'est éloignée.

 

En effet, si nous reprenons l’histoire là où elle en était lors de l’émergence de la F.M. spéculative, dans le contexte des XVIIème et XVIIIème siècles, nous constatons qu’il existait une alternative autre que le retour au passé vers lequel elle se laissa reconduire, une alternative qui ouvrait sur un nouveau paradigme né de l’évolution de la pensée humaine qui exigeait déjà de se libérer des croyances médiévales.

La voie qui fut choisie, sous l’influence des pouvoirs établis, marqua une victoire du conservatisme dans la lutte qui opposait en Europe les forces des anciens régimes, à l’humanisme issu de la renaissance et porteur des Lumières. Ainsi que nous l'avons vu, les pouvoirs politiques anglais avaient été les premiers à comprendre le danger que cela représentait pour l’ordre établi, et ils allumèrent un contre-feu en prenant le contrôle de cette mouvance disséminée et trop libre. Sans ce « putsch » anglais, la F.M. spéculative pouvait se poursuivre dispersée et libre, ou bien s'organiser et se développer par elle-même en Angleterre ou ailleurs. Par exemple en Allemagne ou en France (Cologne, Strasbourg, Paris) où les loges maçonniques, sans doute les plus anciennes identifiées alors, avaient suivi la même évolution.

Nul doute que la F.M. spéculative n’eut alors contribué à l’effervescence intellectuelle ides Lumières, avec ses répercussions politiques, pour faire fructifier l’héritage humaniste de la Renaissance.

Cette « fausse route » qui a vu la F.M. "régulière" privilégier alors le passé contre les Lumières du temps, au nom d'une Lumière vacillante qu'elle persiste à revendiquer, nous a fait perdre 3 siècles de temps humain. Une longue période au cours de laquelle les rares apports de la F.M. spéculative à l’humanité sont essentiellement dus à la F.M. dite sociétale et irrégulière. La F.M. régulière, de tradition, spiritualiste, reconnue ou non, s’est limitée à un mysticisme de bon aloi, au caritatif, à la culture de ses réseaux, et à retenir loin de la réalité une population seulement assoifée de fraternité. Les FF y accumulent toute leur vie les justifications de leur démarche dans des loges refuges, voire en retrait dans des ateliers-monastères. Hors du temps, hors du siècle, le spiritualisme dont elle se réclame semble embarrassé par le présent, le vivant. Confiné dans un ordre ancien qui s'accomplit dans l’abnégation mystique et la soumission monastique à des hiérarchies complexes dont des dignitaires font leur miel, la pensée spiritualiste tourne à vide. Elle n’est pas en mesure de faire face aux questions du temps, ce dont même elle se défend. Mais qu'en est-il alors de l’intérêt de l’humanité, qui reste l’objet affiché de la F.M.? Ne serait-ce qu’une fausse barbe pour cacher la fuite devant la réalité ? Ou même un outil politique pour ériger la soumission en vertu bourgeoise au service des ordres établis ?

 

Quoiqu’il en soit, tout n’est pas perdu : à l’opposé de ce spiritualisme pétrifié de traditions non transcendées, la Spiritualité est libre, vivante, évolutive : elle accompagne la vie de l’homme de la même manière que l’Esprit plane sur les lois qu’il a inspirées. C’est par cet Esprit, dont la Spiritualité est la manifestation, que l’on intègre en continu, et que les hommes transcendent, les enseignements de l’histoire de l’humanité.

Ainsi la Spiritualité s’est-elle faite Humanisme pour accompagner l’émergence de l’individu comme un être respectable et unique aussi rare et peu probable dans sa spécificité que le fut l’apparition de la vie dans l’univers, annonçant les Droits de l’Homme au sein d’une humanité régie jusque là par le rapport de forces et les croyances imposées. C’est par l’Humanisme que l’Esprit a ouvert le droit individuel à la pensée, s’offrant ainsi un immense potentiel de cherchants, bien au-delà de celui des croyances collectives qui ne proposent que des hypothèses verrouillées et qui conduisent inéluctablement aux révolutions et à la violence.

 

L’humanisme n’est pas profane pour avoir remis l’hypothèse divine en question. Il ne l’a pas rejetée, ni ne méprise rien de la recherche spirituelle, ni des questions relatives à nos origines et à l’identification d’un esprit créateur. Simplement il a libéré l’individu des croyances "révélées" et autres prothèses mentales qui paralysent aujourd’hui les sociétés qu’elles ont structurées et régulées hier, et qui limitent le champ de recherches par des œillères. Et il a ouvert la route aux Lumières qui allaient démythifier les défenses spirituelles et les organisations temporelles archaïques.

Empreint de spiritualité vivante, l’Humanisme est la cathédrale symbolique lancée par la Renaissance. Par le respect de la dignité humaine il rejoint l’objectif maçonnique d’amélioration de l’humanité, et sa rencontre avec la F.M. spéculative aurait sans doute concouru à l'émergence du nouveau paradigme dont ensemble ils étaient porteurs.

Les Lumières et la F.M., un RV manqué. Emmenée par des GGLL instrumentalisées par les pouvoirs, la F.M. régulière s'est rangée derrière ceux-ci, adoptant leur finalité conservatrice et renonçant à contribuer à l'évolution de la pensée et de la condition humaines.

 

Trois siècles perdus, c’est beaucoup pour nous, mais ce n’est rien à l’échelle de l’humanité. Et, même dévoyé, l’outil existe toujours. Il peut donc être ranimé et réaffecté avec pour dénominateur commun la conception et la mise en oeuvre de règles comportementales qui appellent l’homme au devoir et le détournent du mal, sans avoir recours aux superstitions confessionnelles.

Cela ne dépend que des FFMM. Si, dans le contexte moderne, les GGLL sont nécessaires pour représenter la F.M., en qualité de personnes morales, interlocuteures des autorités civiles, aussi pour la mutualisation des moyens des LL et pour faciliter leurs relations entre elles, en revanche elles n'ont de pouvoir que par délégation des loges. Elles n'existent que par les LL et ne sauraient leur imposer des prêt-à-penser doctrinaux qui conduisent à l'obsolescence rapide de la pensée, et à l'intégrisme par instinct de conservation. Cette organisation prive les loges de leur intelligence propre, et étouffe le formidable potentiel de recherche de la F.M.

La démarche humaniste, qui implique le respect de l’individu, est une étape considérable du cheminement de la pensée vers l’Esprit, tout en restant en prise avec le réel. Elle doit inspirer la F.M. spéculative pour la libérer des adhérences paralysantes du passé, et lui permettre d’œuvrer enfin, et au grand jour, à l’amélioration de la société humaine. La F.M. en retour pourra la protéger contre l'individualisme égoïste des sociétés modernes.

 

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(*) http://passouline.blog.lemonde.fr/2008/03/17/malraux-sera-ou-ne-sera-pas/

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